Un nouvel article est maintenant disponible. Vous pouvez le lire via l'accueil de la rubrique Tranche de ma vie, à gauche.Mes mots, ces mots est un article qui parle d'un statut lu sur Facebook. Je l'avais trouvé vrai. Je me suis recnnu dans ce statut. J'ai donc décidé d'en faire un petit article. Un rien du tout, mais qui met les choses à la bonne place.
Joyeuses fetes à vous !
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Aliss. C’était le nom de ma colombe. En entrant dans ma chambre, un jour, je l’ai aperçu au fond de sa cage. Elle ne bougeait pas. Elle était raide, raide comme la vie. Quelle ironie. Elle est morte. Pardonnez-moi, la tristesse me rend désagréable. Chaque fois, c’est la même chose. La vie m’enlève toujours ce que j’ai de plus précieux. Ce qui me permettait de m’envoler vers des lieux meilleurs quand ça n’allait pas. Je volais pour Aliss. Parce que si elle était ma raison de vivre, j’étais celui qui l’empêchait de partir. Je sais que cela semble étrange, mais je crois fermement aux champs magnétiques entre deux êtres.
Grâce à Aliss, chaque fois que je laissais le désespoir me posséder, je pouvais facilement m’en libérer. Comme un vainqueur. Comme un oiseau. Chaque fois que, larme à l’œil, de mauvaises pensées traversaient mon esprit, que des personnes venaient brimer mon confort, que des malhonnêtes voulaient me chasser des endroits où je nichais, chaque fois qu’on me faisait sentir comme le pire être sur terre… Aliss déployait ses ailes, et roucoulait. Si on fixait son regard, on avait l’impression qu’elle nous faisait un clin d’œil. J’avais cette impression. C’était comme si, lorsqu’elle se déployait de tout son roucoulement, elle me disait : « Stéphane, envole-toi pour moi. Plane sous les cieux et admire la magnifique vue. Cette magnifique vue que lus jamais tu ne verras, si tu passes à l’acte. »
Aujourd’hui, ma colombe est morte. Et chaque fois que je ne me sens pas bien, je vais dans ma chambre, dans l’espoir de la voir. Dans l’espoir qu’elle me roucoule le secret de la vie. Celui qui me permettra d’avancer sans regarder en arrière. Sans regarder dans le jardin du voisin, en m’apitoyant sur mon sort. J’ai beau aller dans ma chambre, elle n’y est pas. Pas de bruit, pas d’ailes. Pas d’Aliss. Il n’y a plus de colombe dans ma chambre pour me rappeler tous les beaux moments vécus… et ceux qui sont encore à découvrir. Ma colombe n’est plus là pour me protéger. Je ne peux plus m’envoler. Je n’ai plus d’ailes. Je n’ai plus de liberté, plus de joie à penser à la vie de demain. Je n’ai jamais eu la force de vivre de mes propres souffles. C’est un fait, je ne cherche même plus à le nier.
Demain, le soleil se lèvera, et ma noirceur se poursuivra. Demain, le soleil réchauffera vos cœurs, et tentera tant bien que mal de me rappeler que les colombes ne sont pas uniques. Que je peux trouver ma propre colombe dans ce qui me rend fort. Le soleil ne m’écoute pas. Je lui dis sans cesse… Soleil ! Je ne sais point ce qui me rend fort. S’il te plaît, aide-moi. Il ne veut rien entendre… Toujours à me répéter que je dois trouver moi-même ce qui me rend fort. Ce qui m’aide à traverser chaque jour où la noirceur se pointe, malgré le soleil omniprésent. Comme si j’étais en mesure de… Attendez, un instant… Ce qui m’aide à traverser, s’entête-t-il à me répondre ?
...
Oh, seigneur. Je suis désolé pour cet article, vraiment. Je passé mon temps à effacer, puis réécrire, puis effacer à nouveau sans jamais trouver les bons mots. Les bonnes phrases. Je ne voulais pas fermer la page, et oublier une idée perdue dans la brume. Je ne sais pas où je voulais en venir, avec ces mots. Je ne sais même pas si j’aurais dû publier ceci, mais je crois que ça m’a grandement libéré de le faire. Si vous aussi, par un triste jour, vous avez perdu votre colombe, dites-vous que sa présence charnelle n’est pas nécessaire pour vous envoler. Seule la présence dans vos esprits est importante afin de vous libérer. Dites-vous que le soleil ne chassera jamais la noirceur de votre cœur. Il n’en a pas le pouvoir. Cette mission n’appartient qu’à vous.
Il n’y a pas très longtemps, je visitais mon fil d’actualités sur ma page Facebook. Un statut, en particulier, a retenu mon attention. Dans le contexte, cette personne s’est imposée émotivement pour défendre ses écrits et sa crédibilité. Cette même personne qui, à un moment de notre vie, m’a reproché d’avoir moi-même défendu à haute voix mes écrits et pensées. La rancune n’étant pas dans mon jardin, je passerai ce léger détail et seconderai son indignation. Indignation ? Oui, osons utiliser ce terme, même si nous ne manifestions pas à Occupy Wall Street ! L’indignation n’est pas un terme réservé. L’indignation, c’est être face à quelque chose d’injuste. Et nos écrits sont souvent injustement critiqués. Démolis. Décrédibilisés.
Tout comme elle (appelons-la Chantale, pour les besoins de la cause), j’ai souvent été comparé à une personne amer, sans cœur. Tout simplement parce que mes pensées, mes paroles ou mes écrits sont marginalement à l’opposé de la pensée collective. Tout simplement parce que ma marginalité est incompatible avec l’idée sociétaire de ressembler à tout le monde et de penser exactement comme certains voudraient qu’on le fasse. Ma marginalité m’a fermé bien des portes. M’a détruit bien des amitiés. Le regretter serait inutile. Une perte de temps énorme. Je ne passerai pas ma vie à regretter des personnes qui ne comprennent pas que, tout comme Chantale, mes écrits forment un exutoire où il m’est impératif de faire un passage lorsque je ne vais pas bien. Autrefois, j’avais des amis pour m’évader. Aujourd’hui, tous ont fuis. Il ne me reste que ces mots. Ces tristes mots qui continuent encore aujourd’hui à pourrir mon existence. Au moins, essaient-ils.
« […] J’aime écrire, j’aime les mots et surtout, je respecte le pouvoir apaisant qu’ils peuvent avoir sur mon esprit […] », écrivait-elle.
Chantale n’est pas toujours concise. Quelques fois, elle s’exprime mal, et certaines paroles peuvent porter à confusion. Pour Chantale, peu importe ce qu’elle écrira, l’effet bénéfique de ses mots est tout ce qui compte. Elle écrit pour elle. Pour elle seule. Bien sûr, rien ne vous empêchera de la lire. Chantale ouvre ses écrits à tout le monde, mais ferme son esprit et son cœur lorsque les critiques sont vides, méchantes et sans but. Chantale s’évade, elle ne tient pas à divertir un public. Chantale s’enfuie de son mal de vivre, elle ne donne pas un spectacle. Chantale s’analyse par ses écrits, tout simplement. Comme moi.
Comme tous les plus grands poètes et auteurs de ce monde, elle se défoule dans des mots qui, au-delà de toute pensée philosophique, n’aura pas de grandes conséquences sur le bonheur des autres. Oui, tout est relatif, mais n’oublions pas que Chantale écrit avant tout pour elle. Si certains sont prêts à lire, ils sont également prêts à accepter que les mots sont ce qu’ils sont. Et qu’ils ne sont pas là pour blesser quiconque, mais bien pour se sentir mieux. Mieux avec soi-même.
Comme moi, Chantale ne porte plus d’intérêt aux qu’en-dira-t-on. Que ce soit la famille ou les amis, cela n’a que très peu d’importance. Nous écrivons pour nous. Nous seuls. Et nous laissons à disposition des gens nos textes pour que, si un jour un être se reconnaît dans l’un d’eux et que sa vie en soit favorablement changée, eh bien, nous aurons à notre façon changé le monde.
Comme je lui ai dit, nos écrits peuvent choquer. Ils peuvent scandaliser certaines classes de personnes… Si c’est le cas, c’est qu’une réflexion s’impose sur notre perception de la vie et des gens qui ont une vision autre que la nôtre. Nous, en écrivant, notre réflexion est déjà faite…
Quand on passe sa vie dans un milieu relativement pauvre, où notre premier –et seul– MP3 remonte au troisième secondaire, nous n’avons pas le choix de se poser les vraies questions. Par exemple, qu’est-ce que le bonheur ? Ah, le bonheur. J’imagine déjà cette femme m’énumérer ses trois téléviseurs plats, ses deux-trois consoles de jeux vidéo, ces quatre ordinateurs, sa nouvelle voiture… Je l’imagine me répéter maintes et maintes fois le nom de son dernier CD, acheté lors d’un majestueux voyage en Europe. Oui, je l’imagine.
Je ne fais que l’imaginer, cependant. Parce que moi, je ne connais pas. Pendant que mes amis avec des iPod, moi j’obtenais mon premier ordinateur. Avec une tour couchée, sous le gros écran à moitié handicapé à cause des aimants que mon petit frère a passé dessus. Sacré petit frère. On l’aime pareil. Moi, ce bonheur matériel-là, je ne le connais pas. Parce que je n’ai jamais eu les moyens de vivre ainsi. Ma mère était beaucoup trop sans moyen pour m’offrir la vie rêvée de tous les petits gamins d’aujourd’hui. Et mon père… Mon père a une philosophie que j’admire. Il a des millions de défauts, mais il me dit souvent que nous n’avons rien pour rien. Dans la vie, il a travaillé pour avoir ce qu’il a aujourd’hui. Il espère la même chose pour moi. Il veut forger mon expérience. Mon père ne me donne rien. Je dois le gagner. Le mériter. Et je louange cette façon de faire. Est-ce facile ? Pas toujours, mais c’est ainsi que je veux élever mes enfants, moi aussi.
Mon bonheur à moi, je dois le puiser autrement. Et surtout ailleurs. Parce que je n’ai pas de iPod. J’ai encore ce bon vieux MP3. Le même qu’à mes quinze ans. C’est fou, mais j’y tiens. Ç’a a été le premier vrai cadeau que j’ai eu. Quand on vit dans ce genre de situation, vous en conviendrez, le bonheur, il est un peu facultatif. Le bonheur matériel, en tout cas.
Aujourd’hui, j’ai passé à une autre étape de ma vie. Aujourd’hui, je suis heureux. Pas parce que j’ai encore ce bon vieux MP3, mais parce que j’ai découvert mes nouveaux moments de bonheur. Je les connaissais autrefois, je dois vous l’admettre, mais je n’y avais jamais réellement réfléchi. Ce soir, mon père et moi avons terminé son salon. Deux beaux murs en bois. En cèdre. Comme à chaque fois qu’il doit faire des travaux, je l’aide. C’est peut-être anodin pour vous, mais ça me donne de l’expérience. De l’expérience en rénovation. Les jeunes d’aujourd’hui, ils ne savent se servir de leurs mains que sur la technologie. Mon père à moi, il m’apprend à me servir de mes mains pour quelque chose d’utile. Il m’apprend ce qu’il fait. Ce que son père faisait. Ce que son grand-père faisait. Mes ancêtres, comme les vôtres, bâtissaient leur propre maison. Leur grange. Ils s’arrangeaient tout seul pour s’occuper de leurs champs.
Mon petit bonheur, c’est de pouvoir bénéficier de cette expérience. C’est de savoir quoi faire de mes dix doigts. De mes deux mains. Quand je serai vieux, je pourrai tout faire dans ma maison. Parce que mon père, papa, m’aura tout apprit. Il est comme ça, mon père. Travaille, apprend et réalise. Mon père, malgré ses défauts, il a les valeurs à la bonne place. En tout cas, concernant son fils. Je crois, sans prétention, qu’il est fier de son fils. Qu’il est fier de moi. Il ne me le dit pas souvent, mais je sais lire entre les lignes. Chaque fois qu’il m’appelle «mon fils», je sais qu’il est fier de pouvoir le dire. De pouvoir m’appeler ainsi. Comme quand je l’appelle «mon père». J’ai un père. Juste un. Et je ne l’échangerais pas pour rien au monde. C’est ça, mon petit bonheur. Avoir la chance d’avoir mon père. Mon père qui m’apprend à être un meilleur homme.
Mon père veut être fier de moi. Il l’est. Il me le dit parfois. La première fois qu’il me l’a dit, c’était après être venu voir ma première pièce de théâtre. Il était censé venir que pour ma partie. Mais je l’ai subjugué. Cette soirée-là, il a voulu voir la pièce en entier. Parce qu’il était fier. Et ça paraissait.
Mon père est fier de moi. Chaque fois qu’il m’apprend quelque chose sur la vie, et que je l’écoute, je le vois dans ses yeux. Mon petit bonheur de la vie, c’est de rendre fier mon père. Celui qui a toujours cru en moi. Et qui ne cessera jamais. Mon petit bonheur de la vie, c’est d’être un fils aimé. Dans les jours ensoleillés comme dans les jours pluvieux.
Mon petit bonheur de la vie, c’est de tenter jour après jour de rendre mon père encore plus fier que moi. Et, tu sais quoi, papa ? T’as encore rien vu.
J'avais sept ans. Je crois, en fait. Je venais de subir le divorce de mes parents. Pour un enfant de cet âge, comprendre pourquoi maman et papa ne sont plus ensemble, et qu'on doit quitter le nid familial, ce n'est pas quelque chose de facile. J'avais peut-être sept ans quand je suis arrivé dans ma nouvelle école. Dans ma nouvelle ville. Je ne comprenais pas très bien la composition de cette école, mais ça allait. C'était un petit établissement. Cette première journée-là, je vais m'en rappeler toute ma vie. C'est là que ça a commencé. C'est là que mes «amis», mes «compagnons», comme le disaient si bien mes professeurs, ont commencés à comploter ma mort. Comploter ma mort ? Absolument. Parce que l'intimidation, c'est commettre un crime grave. C'est pousser quelqu'un vers la mort. Vers le suicide.
En est-il que je ne comprenais pas très bien comment avait été construite ma nouvelle école. Là-bas, les toilettes étaient mixtes. Il y avait des cabines sur deux murs, opposés l’un face à l’autre. Au milieu, il y avait les robinets. Là où on se lavait les mains. Cette journée-là, j’ai appris à mes dépends qu’il y avait un côté réservé aux filles et un côté réservé aux garçons. C’était une loi non-écrite. Et j’en ai entendu parler toute l’année. C’est rigolo, n’est-ce pas ? Frapper sur le petit nouveau pour une histoire de toilette. C’est rigolo, n’est-ce pas ? Faire d’un nouveau départ un enfer. Arrêtez de dire que ce ne l’est pas. Car eux, ils n’étaient pas de votre avis.
Vous savez, grâce à une petite erreur comme celle-là, totalement respectable et pouvant si facilement être oubliée, une réputation se forge. C’est le début du commencement, si on peut le dire ainsi. Ensuite, ils trouvent un autre petit défaut. Des lunettes, des boutons, des cheveux gras, des souliers qui ne sont pas à la mode… Et ils enfoncent à nouveau un clou dans le cercueil. Les enfants sont méchants. Je n’ai jamais été battu. Je ne me suis jamais battu. C’est dommage. Les blessures finissent par partir. Les mots hantent notre vie à jamais.
Au divorce de mes parents, nous avons emménagés dans une ville voisine. Avec ma maman. Je m’ennuie des fois de ma petite maison. De notre immense cour et de notre jardin à en faire rêver tous les petits gars. Après mon déménagement, ma maman a dû demander l’aide du gouvernement pour vivre. Pour survivre. Avec ses trois enfants. Ma mère ne pouvait pas travailler. Elle se disait trop vieille… Pas assez en santé. Il faut au moins l’admettre, ma mère n’a jamais été en grande forme. Du moins, depuis mes lointains souvenirs. De là, je mangeais le midi dans ce qu’on pourrait appeler une soupe populaire. Vous savez, où les gens mangent à maigre prix, et où les enfants mangent gratuitement. À leur faim. Eh bien, je mangeais là. J’ai mangé longtemps là-bas. Et j’ai depuis été étiqueté comme un «B.S.», un «pauvre». Les blessures s’envolent. Les mots hantent notre vie à jamais.
Oh, j’ai eu beau déménager dans une belle maison par la suite. L’étiquette restait là, après moi. J’étais un pauvre. Un pauvre B.S. qui pissait dans les toilettes des filles. Un homosexuel. Homosexuel parce que j’ai été élevé par ma mère. Ma sœur. Ma tante. Sa fille. Homosexuel parce que je suis légèrement efféminé. Homosexuel parce que je respecte les femmes. Homosexuel parce que lorsque j’étais jeune, je n’avais pas de plaisir à «sortir» avec les jeunes filles. Un pauvre B.S. homosexuel qui pisse dans les toilettes des filles. Les blessures disparaissent. Les mots hantent notre vie à jamais.
Le secondaire n’a pas été plus facile. Pour toute les raisons qui me sont propres. Et qui apparaissent dans ce texte. J’ai vite appris par apprendre par moi-même. Parce que la vie ne m’a jamais fait de cadeau. Puis souvent, on a tenté de m’éduquer de la mauvaise façon. C’était la mauvaise façon pour moi. Alors j’ai ciblé des modèles sociétaires… Et j’ai pris sur mon devoir personnel de lire beaucoup sur différents sujets. J’ai des opinions spéciales. Je vais l’admettre. J’ai une opinion sur beaucoup de choses. Cependant, je ne crois pas que cela justifie l’intimidation dont j’ai été victime durant mes six dernières années du secondaire. Rien ne justifie l’intimidation.
Je ne cherche pas à faire pitié. Je ne cherche même pas à faire réfléchir. Parce que la réflexion, ça ne fonctionne plus. La prévention, ça ne mène plus nulle part. Ça n’a jamais mené à quelque part. Aujourd’hui, ça prend de l’action. Du concret. Du vrai. Parce que l’intimidation, ça mène au suicide. Je ne l’ai pas fait, parce que je n’en ai jamais eu le courage. Je ne me suis jamais rendu au bout. J’ai été pour le suicide une agace. À peine l’embrassais-je que je lui fermais la porte au nez. C'est grâce à mes passions. Et c’est grâce à des hommes et des femmes d’exception. C’est grâce à ceux qui ont acceptés de faire une différence dans ma vie. C’est grâce à quelques professeurs, à ma tante, à mon père, à mes quelques amis… À mon grand ami. C’est également grâce à Michel. Michel Lapointe. Un homme brusque, dur, mais un vrai. Un homme dont on n’en a pas besoin de deux. Celui qui m’a sauvé la vie. À chaque jour. Pendant trois ans.
Je ne cherche pas à faire pitié. Je ne cherche même pas à faire réfléchir. Les blessures s’enterrent, mais les paroles hantent notre vie à jamais. Aujourd’hui, je suis une personne grandie de cette jeunesse. Je suis plus mature, mais plus méfiant. J’ai autant d’amis que de doigts dans une main. Pas plus. Je ne peux plus faire confiance. Parce que les paroles hantent notre vie à jamais.
Tout le monde mérite de vivre. Aujourd’hui, on en parle, parce que l'histoire de la petite Marjorie est une histoire abasourdissante. Une histoire qui fesse. Mais comme toujours, Marjorie finira par entrer dans la banalité. Dans à peine deux semaines, Marjorie sera autant dans nos pensées quotidienne que Cédrika Provencher. Que David Fortin. Moi, j’y pense sans cesse. À pratiquement tous les jours. Parce que je l’ai vécu.
Les blessures corporelles finissent par se dissiper. Les paroles hantent notre vie à jamais. Et nous pousse au suicide. L’intimidation, ce n’est pas un jeu. C’est un crime.
Un jour, papa est entré dans ma chambre. Il faisait noir dehors, et mon réveille-matin indiquait qu'il était à peine deux heures du matin. Il est venu s'étendre à côté de moi, et réveillée, je me questionnais sur sa présence dans ma chambre. Il m'a dit que ça devait rester un secret Un secret entre nous deux. J'aimais mon papa, alors j'étais d'accord pour garder un secret destiné qu'à nous. J'étais privilégiée. À ce moment-là, papa a mis sa main, puis son bras, sous ma couverture. Il a touché ma petite culotte, puis il m'a demandé calmement de l'enlever. Et c'est là que ça s'est produit.
J'avais cinq ans, la première fois. À cette époque-là, à cet âge-là, on ne pense pas. On ne sait pas que c'est mal. Parce qu’on n’en parle pas. On veut le plus longtemps garder nos enfants purs et naïfs. C'est important, que son enfant soit naïf. Peut-être l'est-ce tout autant de ne pas le prévenir que si un adulte touche sa petite culotte, ce n'est pas normal. J'avais cinq ans, quand pour la première fois, mon père a dépassé la limite de l'amour paternel. J'avais cinq ans quand la vie a lâchement décidé de me voler mon enfance. La vie, oui, mais aussi les principes véhiculés dans cette vie. Le même principe qui est responsable de toutes ses atrocités. Le même principe qui fait que ce genre de personnes est en liberté.
J'ai eu peur d'en parler. La première fois que j'en ai parlée à ma mère, j'avais treize ans. Maman, papa vient dans ma chambre. Plusieurs soirs par semaine. Il fait des choses. Des choses méchantes avec moi. Ma mère ne m'a jamais écouté. Encore moins cru. Alors j'ai été mise en punition. Dans ma chambre. En punition, dans ma chambre, avec un père qui me faisait regretter d'avoir ouvert la parole. D'avoir enfin décidé de m'exprimer, et de dénoncer. Ça n'a pas suffi. Au contraire. C'était pire, par la suite. C'est là que, dans ton coeur d'enfant, tu te dis que le silence est la plus grande des armes. C'est la plus grande protection qui existe. Avec ce silence, les choses sont moins pires, finalement. J'aurais dû me taire.
Mes amies me disaient sans cesse de le dire à la psychologue de l'école. Que ce n'était pas normal et que je ne devais pas laisser ça continuer ainsi. J'avais peur. Évidemment. La première fois que je l'ai dit, ça a empiré. Beaucoup, même. Je n'ose même pas en parler, à un point tel où ma déception est grande. Elles m'ont convaincues, puis j'y suis allé. Madame la psychologue, mon père fait des choses avec moi. Des choses méchantes. Très méchante. Évidemment, ça ne se passe pas réellement comme dans les films à saveur de sensibilisation. Elle ne t'aide pas. Au contraire, elle veut une rencontre avec tes parents. Tes parents et toi.
J'avais quinze ans. J'avais quinze ans la dernière fois que j'en ai parlée. La colère de mon père était si grande... Je m'en rappelle encore, de cette nuit-là. Il a commencé à être violent. C'était la pire des fois. J'ai été malmenée. Ma mère dormait, et moi je me faisais violer. Violer et frapper. J'avais treize ans. J'avais treize ans la dernière fois que j'ai admiré les nuages... La dernière fois que j'ai goûtée à la vie. J'avais treize ans quand j'ai été violée, puis tuée.
Tout ça parce qu'on ne prend pas la peine d'écouter nos enfants.